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Le Vol Relatif


Je ne suis pas très calé sur le vol relatif, surtout en ce qui concerne les points, les règles des compétitions et le nom des figures. Mais j'en sais suffisamment pour pouvoir écrire quelque chose...
Je livre maintenant pour des raisons logistiques, mais tout ce qui suit n'est pas validé!
(l'essentiel est vrai, quand même)

En gros

Le vol relatif, abrégé le plus souvent "VR", est une discipline qui consiste à réaliser, à plusieurs et en chute, le plus grand nombre possible de figures.

Le nombre de participants est un paramètre important : plus il y a de monde, plus la réalisation de figures est délicate ; on indique en général le nombre de participants à un saut en le suffixant : "un VR4" représente un saut de vol relatif où quatre paras formeront des figures. Bien que ce nombre soit a priori arbitraire, les compétitions "officielles" ne concernent que les équipes à 4, 8, 10 ou 16. Il existe bien sur des exceptions, comme par exemple la compétition VR3 organisée depuis 2 ans par le centre de Pujaut (Avignon). En pratique, les sauts à 2, 3, 5, 7, etc, sont le lot de la plupart des pratiquants non-compétiteurs.

En VR, les figures réalisées ont quelques caractéristiques importantes, qui distinguent cette activité d'autres disciplines comme le free-fly ou la chute assis :

  1. les paras chutent à plat, dans une position "carrée"
  2. les paras doivent donc chuter à la même vitesse et (à peu près) au même niveau : sur un même plan
  3. les figures sont décrites en indiquant les positions et orientations de chaque para, et impliquent une ou plusieurs "prises"
  4. une prise consiste à saisir (et éventuellement tenir) avec au moins une main, une jambe ou un bras d'un autre para
 
Ci-contre l'équipe Fertoise Vertical Planète de VR4, championne de France 97 en N2. L'homme en jaune, c'est le vidéoman (Olivier Levon).
En principe, 4 figures sont décidées au sol, l'objectif étant de répéter le cycle fig1-fig2-fig3-fig4-fig1-... autant de fois que possible au cours du saut. En compétition, les figures ne sont comptées que pendant un temps limité, identique pour tout le monde, le chronomètre étant déclenché à un instant précis (par exemple, lâcher de la première prise après la sortie d'avion) : 35 secondes pour du VR4, 50 secondes pour du VR8 ou du VR16.
Parce que le but du saut est de réaliser des figures dans un ordre précis et en répétant un cycle, on appelle parfois cette discipline de la "séquence". Précision utile, le score est exprimé en points, chaque point correspondant à une figure réalisée correctement. Aucune considération n'est accordée à l'aspect esthétique, contrairement au patinage artistique par exemple. Des pénalités (point négatif) peuvent être appliquées pour certaines fautes. Naturellement, l'équipe gagnante est celle qui fait le plus grand nombre de points sur plusieurs sauts.

En marge des compétitions de séquence, on trouve également les sauts "de grande formation" : en clair, il s'agit de réaliser peu de figures, mais avec un "grand" nombre de paras. "Grand" peut aller de 20 à 300, selon l'ambition (et le niveau) des participants ou des organisateurs, les contraintes supplémentaires (par exemple, en se limitant à une nationalité ou un sexe), la complexité et le nombre des figures envisagées, etc.
Le record actuel est une formation à 300 personnes (diverses nationalités), ayant réalisées une figure.
Au delà de... disons 30 personnes, les contraintes d'organisations de ce type de sauts (quel(s) avion(s) utiliser, comment réunir et faire s'entraîner les gens, comment sélectionner en fonction d'un niveau de pratique, comment organiser la construction de la figure, etc) limitent pas mal leur nombre. En clair, vous ne trouverez pas partout l'occasion de faire des sauts de grande formation.

Une remarque pour finir sur cette introduction : le VR consiste à maîtriser ses position et trajectoire (dans les trois dimensions) pour voler à proximité d'autres paras, de façon suffisamment précise et contrôlée pour pouvoir construire... quelque chose. Former des... choses (!) à plusieurs en surf, chute assis, freefly ou debout, ne reçoit pas en général l'appellation de vol relatif, mais ce n'est finalement qu'une question de convention. Le fait que le VR soit associé à de la chute "à plat" s'explique mieux par l'histoire du parachutisme que par la logique.

Enfin, aidons ceux qui iront "jumper" en terres anglophones en précisant que VR se traduit en anglais par RW (Relative Work) et que VR4 se dit "4-way RW". La dénomination "officielle" est toutefois différente, puisqu'on devrait parler de FS (Formation Skydiving).

Pour pratiquer

Trois éléments sont nécessaires pour pratiquer : Je ne reviendrai pas ici sur le brevet, puisque j'en cause déjà là-bas.

Une combinaison de VR:

Naturellement, la présence de boosters, le choix des tissus, des dimensions et des couleurs, le nombre, la taille et la position des boudins sont largement question de goûts.

Quant aux partenaires... Le nombre, le niveau technique, les ambitions, les taux de chute, les compatibilités d'humeur, mais aussi les budgets sont autant de points importants. Ceci est particulièrement vrai pour monter une équipe et faire de la compétition, mais également pour faire du VR pour le plaisir.

Mentionnons également les divers accessoires utiles : un casque intégral pour se protéger d'un coup de pied ou de coude, un altimètre sonore pour se rappeler qu'après 30 figures il est probablement temps d'ouvrir, une caméra pour se voir et déterminer le coupable qui a tout fait foirer.

La caméra pose un intéressant problème logistique, abordé en détail un peu plus loin.

Déroulement d'un saut de séquence

Au sol

C'est par terre que les participants se forment et décident de sauter. (Enfin, la plupart du temps, c'est comme ça que ça fonctionne.) Naturellement, s'il s'agit d'une équipe constituée qui s'entraîne régulièrement, le choix des équipiers a vraisemblablement été fait bien plus tôt (espérons-le pour l'équipe), et le nombre de participants n'est plus une question à se poser à chaque saut. Pour les relativeurs hors-équipe (un "relativeur" étant une personne pratiquant le VR), rien n'interdit d'enchaîner un VR4, un VR2, un VR16, etc.

Il s'agira ensuite probablement de décider du déroulement du saut ; en clair, quelle(s) figure(s) tentera-t-on de réaliser, et dans quel ordre. Le choix des figures dépend du niveau technique des participants, de leur nombre, de l'ambition du saut, et éventuellement de l'altitude.

Vient ensuite une série de répétitions au sol, où le groupe de paras, debout ou à plat ventre sur des planches à roulettes, va travailler les enchaînements et les mouvements inter-figures, et tenter de mémoriser ce qu'il aura à faire. Les images ci-dessous montrent Vertical Planète (Champions de France N2 1997) passant en revue le programme de N1 dans la salle de pliage de La Ferté, par un week-end d'avril de grand vent...
 
 
VR4 au sol
Travail debout pour dégrossir la figure (et les enchainements) ; le schéma au-dessus représente la figure que les relativeurs travaillent. 
La position debout ne permet pas de se mettre complètement en situation, mais c'est commode, c'est rapide, et ça rend plus efficace la phase suivante en donnant l'occasion de mémoriser les positions.
entrainement sur des planches Les planches : une planche en bois avec des roulettes, et voilà l'instrument de travail du relativeur. 
L'intérêt réside dans le fait que la position adoptée est beaucoup plus proche de ce qui se passera en chute, que l'on perçoit mieux l'ampleur des déplacements nécessaires, les angles de vue de chacun, l'impossibilité éventuelle d'attraper des prises (tout le monde n'a pas les bras de la même longueur...), etc. 
Inconvénients : ça fatigue, ça salit les mains, c'est bruyant, et c'est pas facile de fumer son clop en même temps sans brûler quelqu'un ;-)
Décider des enchaînements ne découle pas automatiquement du choix des figures ; c'est même un point sur lequel l'expérience d'un éventuel organisateur/leader/entraîneur compte beaucoup. Celui-ci doit tenir compte de l'instabilité intrinsèque de telle ou telle figure, de l'ampleur des mouvements à réaliser par tel ou tel équipier pour passer d'une figure à l'autre, du caractère technique d'une rotation parfaitement centrée avec conservation d'un repère visuel, etc.
Donc, "briefer" le saut, c'est-à-dire mettre au point le déroulement du saut, est une phase importante.

Il y a un autre moment-clé, la sortie ; j'en cause plus bas.

Il faut bien contredire les films "Drop Zone" et "Point Break" sur un point, on ne peut pas se parler en chute (l'intercomm pour les paras n'a pas encore une grande diffusion). Donc, obligation pour tout le monde de mémoriser ce qu'il devra faire, et de quelle manière. Les répétitions au sol sont là pour ça. Et comme il s'agit tout de même d'aller le plus vite possible, acquérir des automatismes, prendre des repères visuels et roder les mouvements ne sont pas des options à négliger.

Sur le pas de la porte

Il est un fait avéré contre lequel on ne peut pas grand-chose : les dimensions d'une porte d'avion largueur ne varient pas en fonction du nombre de personnes qui veulent passer dehors en même temps.

Si on ajoute à cela le fait que le vent relatif à la sortie est horizontal et non vertical, que le temps de chute est compté, et que les cabines des avions sont rarement aussi spacieuses que le bout de terrain sur lequel on a effectué les répétitions, on comprend facilement que s'organiser pour optimiser la sortie de l'avion et commencer le plus vite possible la construction des figures est un point important.

Les paramètres importants sont :

En fonction de tout cela, on décidera (de préférence au sol) d'une sortie libre ou accrochée, de qui est flotteur, qui est piqueur, et des positions de chacun.

Sortie libre : l'idée est que les paras ne se tiennent pas pendant la sortie, mais se regrouperont et s'apponteront une fois dehors.

Sortie accrochée : comme le nom l'indique, les paras s'attrapent (aux boudins, par le harnais, ou encore par la barbichette - les prises sont décidées en fonction... de ce qui est le mieux!) et n'auront donc en principe pas de distance à combler pour former la première figure, mais éventuellement quelques ajustements de positions et/ou de prises.

Les sorties accrochées peuvent sembler préférables ; en fait, elles le sont, à condition d'assurer un minimum de stabilité pendant la phase de projection (parce que sinon, il suffit qu'une personne "se casse la figure" pour que le groupe entier valdingue), et si bien sur le nombre de relativeurs est limité (une sortie accrochée à 16 n'est pas possible dans tous les avions!).

Les notions de flotteur et de piqueur sont illustrées sur le schéma ci-dessous : en noir, les flotteurs, en rouge les piqueurs (la flèche bleue désigne le sens du vent relatif).
 
Le cadre noir représente la porte (ici, une porte latérale, disons de twin-otter), la flèche bleue désigne le sens du vent relatif. 

Les flotteurs sont déjà dehors ; en général, les avions largueurs sont munis d'une barre à l'intérieur, de façon à pouvoir se tenir fermement (n'oublions pas qu'il y a beaucoup de vent, et que la planète est loin). 

Les piqueurs sont à l'intérieur, le plus près possible des piqueurs (inutile de mettre de l'espace entre flotteurs et piqueurs dans l'avion si on cherche la proximité en l'air).

Sur l'image ci-contre, le vidéo vient de quitter l'avion et les 2 flotteurs démarrent tout juste. L'avion est un Pilatus. Quand on dit que les flotteurs sortent, on voit qu'ils ne font pas semblant!
piqueurs d'un VR16 - twin Un VR16 se prépare à sortir d'un twin-otter ; le vidéo est déjà dehors, et on distingue les mains des flotteurs agrippées à la barre (bord supérieur de la porte). Les autres sont les piqueurs, disposés en deux lignes.
Le nombre de flotteurs/piqueurs dépend de la taille de la porte ; si tous les paras ne tiennent pas, les autres restent dans la cabine, derrière les piqueurs, et partiront immédiatement derrière les piqueurs. Remarquez bien qu'on appelle aussi piqueurs les paras qui se tiennent derrière la première rangée, puisque leur position en sortie sera pratiquement la même.

Au signal ("Ready-Set-Go" ou simple "Haut-Quai"), la troupe part.
 
Les flotteurs n'ont guère qu'à pivoter sur eux-mêmes ; ils prennent alors le vent relatif devant eux, jambes tendues et plus ou moins en parachutale, ils "flottent" le plus possible pour attendre les autres. 

Les piqueurs partent la tête la première et... piquent vers les flotteurs ; talons aux fesses, bras devant, bien cambrés, leur mouvement de sortie est légèrement plus subtil, puisqu'il implique une "torsion" pour ne pas prendre le vent relatif sur le côté ; garder un contact visuel sur les flotteurs n'est pas toujours simple dans la mesure où il est fréquent de passer limite sur le dos dans ce type de sortie. 

 

De la sortie prévue peut dépendre également l'ordre de rentrée dans l'avion, dans la mesure où la cabine de certains avions est trop petite pour permettre des mouvements de troupe pendant la montée ou la prise d'axe.

La séquence qui suit (sortie accrochée du Twin-Otter de la Ferté du VR4 Vertical Planète) illustre le changement de vent relatif. La plupart de ces images ont été prises par Olivier Levon.
 
sortie VR4 1/4 Les 2 flotteurs sont partis, les piqueurs démarrent. 
L'avion vole horizontalement, personne n'a vraiment de vitesse verticale, le seul vent relatif est donc celui créé par la vitesse de vol de l'avion. 
Le vent relatif est donc horizontal. 
J'ai encadré en noir le marchepied vidéo du Twin.
sortie VR4 2/4 Tout le monde est sorti et "glisse" sur la "pente", laquelle est encore presque verticale. Les relativeurs accèlère verticalement et ralentissent horizontalement.
sortie d'un vr4 suédois Encore dans l'avion (le twin de DeLand, mars 97), je saisis à la sortie un VR4 Suédois dans une phase à peu près identique ; nuance, ils ne sortent pas en étoile, mais construisent dès la sortie une figure différente.
sortie de twin d'un VR16 Je sors en piqueur derrière un VR16 en sortie de Twin ; on distingue le vidéo (flèche rouge), deux flotteurs (flèches vertes), les trois derniers piqueurs, et le reste de la mêlée. 
Comme la sortie vien d'avoir lieu, le vent relatif provient encore essentiellement de la vitesse de l'avion, et se trouve donc être horizontal.
sortie VR4 3/4 L'étoile est maintenant à 45° : la vitesse terminale de chute n'est pas encore atteinte (j'imagine que moins de 3 secondes se sont écoulées), mais le vent relatif vient maintenant beaucoup plus nettement de dessous.
VR4 à plat (je triche un peu : cette image n'est pas la suite des précédentes!) 
Voici un VR4 "en régime de croisière", ayant atteint sa vitesse terminale de chute : ils descendent verticalement, sont bien "à plat", et n'ont a priori plus de vitesse horizontale. 
Le vent relatif est donc vertical, à peu près de 180km/h.
 

En chute

Les moins bons seront contents s'ils parviennent à se toucher une fois en l'air (je dis "toucher" ; certains comprennent "percuter" - nuance...). Inutile donc de parler de construire des figures.

Un groupe de bon niveau aura conservé une bonne proximité après la sortie et pourra démarrer la construction et l'enchaînement des figures. Contrôler son taux de chute, savoir où apponter, contrôler sa position et sa trajectoire, apponter sans brutalité et sans introduire de tension sur les paras déjà en prise, lâcher sur le signe du leader, prendre sa nouvelle position, garder les prises, lâcher, etc.

Que peut-il se passer "d'imprévu" ?

Un relativeur débutant approche doucement d'une formation, en corrigeant constamment taux de chute et trajectoire, si concentré sur son truc qu'il ne se rend même pas compte qu'il veut apponter sur un créneau qui n'est pas le sien ; arrivé tout près de son (croit-il) créneau, impatient et désireux de ne pas se faire attendre encore plus longtemps, il tend les bras pour enfin attraper le boudin ; et là, bingo! il recule, reperd du temps, 1200m, séparation, ouverture!

(pourquoi recule-t-il? En avançant les bras, on augmente les appuis sur le haut du corps, ce qui relève bras et tronc en donnant à l'ensemble une incidence ; incliné, le para glisse dans la direction de la "pente", en l'occurrence, vers l'arrière)

Un para se casse la figure à un moment, et se retrouve plus bas que les autres ; il passe alors un long, long moment à parachuter pour tenter de réduire son taux de chute et revenir ainsi à niveau : les autres l'attendent (ou continuent sans lui).

Un para apponte un peu fort, prend ses prises et tire dessus (inconsciemment, en général) pour conserver proximité et taux de chute ; la figure est tiraillée, bousculée, se met à tourner. Les uns s'enfoncent, les autres remontent, bref, ça devient instable, et les derniers à venir apponter n'ont pas la partie facile. Le point est fait malgré tout, quelqu'un donne la clé (i.e. le signal que tous attendent pour passer à la suite) et tout le monde lâche pour la figure suivante. Et là, paf, les tensions se révèlent et tout le monde se retrouve à plusieurs mètres des autres.

Conséquence possible de ce qui précède, un para finit par passer sous un autre (à sa verticale), et le dévente ; dans le "trou d'air", ce dernier perd alors tout moyen de contrôler attitude, position et trajectoire : il dégringole sur celui qui est dessous, en entraîne parfois avec lui, éventuellement se fait mal, et le tout se traduit par un perte de hauteur. Quand personne ne se blesse, c'est un spectacle très marrant à observer pour un vidéoman! Je ne doute pas une seconde que ma saison 98 me donnera l'occasion d'illustrer ceci par quelques images amusantes...

Brainlock.
En clair, un des paras ne sait brusquement plus ce qu'il doit faire : où apponter, quelle prise, dans quelle position... Le VR est largement un problème de mémorisation et de concentration.

Petit a) Je filme Vertical Planète ; au bout de quelques secondes, "Force Bleue", alias William, ne sait plus ce qu'il doit faire : Brainlock!
Petit b) Au bout d'une seconde ou deux, "Force Rouge" alias Roger est obligé de lâcher une prise pour indiquer à Force Bleue que ça se passe en principe du côté de Force Blanche! En compète, si ça arrive, c'est du temps de perdu et des points en moins!
 

Y'en a bien d'autres, mais je vous laisse les découvrir!

Ouverture et poser

Plusieurs parachutistes sont en l'air, à proximité les uns des autres ; pas question pour eux d'ouvrir ensemble leur parachute : ce serait le meilleur moyen de se téléscoper sous voile, donc de risquer de se faire très mal (voire de se tuer ; une voile moderne, ça vole à 20-30km/h), de s'emmêler et de devoir recourir au secours, ou tout simplement d'abîmer le matériel.

Donc, avant d'ouvrir, il y a une phase importante : la séparation et la dérive.

(au fait, je suppose ici que les paras n'auront pas oublié d'ouvrir ; ça peut paraître bizarre, mais je vous assure qu'il est très simple de perdre de vue le fait que le temps passe et la hauteur diminue, particulièrement lorsqu'on est concentré sur le prochain point à faire. Pour leur rappeler d'ouvrir, altimètres sonores, prudence et expérience servent bien.)

La séparation consiste à lâcher toute prise, faire signe "fin des opérations" (ça consiste à croiser les bras devant le visage), pivoter de façon à tourner le dos aux autres, et partir en dérive dans une direction telle qu'on s'éloigne des autres. En principe, l'altitude de séparation, ainsi que le temps de dérive font partie du briefing pré-saut, et dépendent largement du nombre de participants et de leur expérience.

En principe, le seul à ouvrir sur place, c'est le vidéo. Je dis "en principe", parce qu'il m'est déjà arrivé plusieurs fois qu'un des paras que je filmais "oublie" qu'un vidéo se trouve au-dessus de lui, et m'envoie (presque) son hand-deploy dans la figure en s'économisant ainsi une dérive. Je vous garanti que ça donne chaud quand on est à deux doigts de lâcher son propre hand-deploy!
Pour les sauts filmés par plusieurs vidéo, on se met d'accord au sol sur qui fait quoi : dérive, étagement des ouvertures, etc.

L'image ci-dessous a été prise il y a peu, et illustre bien ce qui peut arriver lorsqu'on ne se préoccupe pas suffisamment du saut. Suite à une mésentente (ie briefing insuffisant) avec l'autre para, nous avons ouvert tous les deux à quelques mètres l'un de l'autre. A cet instant, je ne cherchais pas à filmer son ouverture, mais je me précipitais tout simplement vers la commande droite de ma voile pour engager un virage à droite dès que possible.  L'incident n'a eu aucune conséquence, sinon de me flanquer un coup de chaleur comme j'en ai rarement eu...

2 voiles toutes proches après ouverture

Après la dérive, il est d'usage de faire un signe indiquant l'ouverture (signe qu'on appelle "break") ; on ouvre ensuite son parachute. Quelques secondes après, on se retrouve en principe pendu sous une voile en état de marche ; la prudence commande alors de vérifier qu'aucun parachutiste sous voile ne se trouve à proximité (qu'il fasse partie du VR ou non), en gardant les mains sur les commandes pour se tenir prêt à toute manœuvre utile. Il est également apprécié de vérifier que toutes les ouvertures de ses coéquipiers se sont bien déroulées.

L'atterrissage presque simultané de plusieurs personnes sur une zone limitée peut poser quelques problèmes de sécurité ; les relativeurs ont donc intérêt à respecter les consignes (sens de poser, notamment), et garder l'œil ouvert pendant leurs manœuvres (ceci s'applique d'ailleurs à tout groupe de paras sautant ensemble).

Retour au sol

On plie, on regarde la vidéo s'il y en a une, sinon on essaie de se rappeler ce qui s'est passé, on débriefe, on s'explique, on s'engueule, on analyse, on décide de ressauter, on re-briefe, on se ré-avionne, etc.

En fonction de ce qui s'est passé, on peut décider de mettre un T-shirt par dessus la combinaison pour diminuer le taux de chute, modifier la répartition flotteur-piqueur, mettre un casque intégral pour garder au moins un œil en état, mettre une petite laine de plus, ou replier sa voile en remontant le glisseur et en mettant les demi-freins des deux côtés...

Vidéo-chute

Vous le savez déjà, le public présent au cours d'un saut est très limité, surtout chez les personnes qui ne sont pas parachutistes.

D'autre part, un saut de VR dure peu, mais comporte beaucoup de phases intéressantes susceptibles d'être analysées (comme tout mouvement sportif d'ailleurs). Mémoriser tout ce que chacun fait n'est pas possible, et puis de toute façon, les positions ne permettent tout simplement pas de tout voir (et puis, c'est quand même facile de dire "j'étais à un mètre" alors qu'il y en avait 3, et de prétendre qu'on n'y est pour rien si la figure tournait alors que la rotation a commencé à l'instant de l'appontage). Rappelons une fois de plus qu'il n'est pas possible de se parler en chute, à moins de hurler dans l'oreille. Et encore.

Enfin, je n'en ai pas parlé pour le moment, mais en compétition VR, il ne suffit pas de construire les figures, il faut le faire dans les règles. Ces dernières sont nombreuses, et comme le niveau général en VR tend à augmenter, le nombre et la complexité des figures construites augmentent également, ce qui rend de plus en plus aléatoire un jugement en direct depuis le sol avec des jumelles. Enfin, il arrive même en France que l'atmosphère n'ait pas la transparence qu'on pourrait souhaiter...

L'intérêt de filmer un saut de VR est donc grand :

Naturellement, la caméra ne chute pas seule ; on la trouve en général fixée sur un casque, lequel recouvre une tête, laquelle appartient au parachutiste qui se trouve dessous. Celui-là, c'est le vidéoman.

Le rôle du vidéo, c'est de suivre les relativeurs, en les filmant de la sortie d'avion jusqu'à la séparation. Pour voir le plus de chose possible en chute, il se placera au-dessus de la formation (on suppose ici que les paras sont suffisamment bons pour parvenir à se rassembler et constituer un début de formation!), à une distance de 3 à 10 mètres (fonction du nombre de paras et des figures réalisées), et suivra toutes leurs évolutions.

Si le groupe chute plus fort, il augmentera son taux de chute.
Si le groupe réduit son taux de chute, il fera de même.
Si la formation dérape et part dans une direction (ce dont les participant n'ont d'ailleurs pas toujours conscience), il accompagne le mouvement, mais en conservant son axe.
Si la formation tourne sur elle-même, ... il évite de faire la même chose!

L'axe dont je parle est une direction quelconque, en général celle que l'avion avait pour le largage. Si le vidéo ne conserve pas son axe, en d'autres termes, s'il tourne sur lui-même, l'examen de la vidéo ne sera pas agréable et rendra plus difficile le debriefing. Je ne crois pas que la conservation d'un axe soit nécessaire pour les jugements en compétition, mais je ne pense pas qu'elle les facilite non plus.
 
Pour la sortie, le vidéo sera probablement en position flotteur, à moins que la sortie des relativeurs ne doive pas être filmée. Avec une tranche arrière, le vidéo prend la place d'un flotteur normal ; il sautera légèrement avant le groupe de façon à voir l'ensemble quitter l'avion, mais à part ça, pas de différence majeure. Dans un avion à porte latérale, on trouve en général un repose-pied et/ou une poignée sur le fuselage, à proximité de la porte, mais dehors (vers la queue de l'appareil). Dans ce cas, le vidéo sort le premier et prend place sur le repose-pied ; il laisse donc toute la place disponible pour que les relativeurs (cette position complètement à l'extérieur de l'avion est parfois appelée "flotteur vidéo").
Un Pilatus utilisé pour le largage qui se respecte sera équipé d'un marchepied et de poignées pour que le vidéo puisse sortir comme illustré ci-contre. 
Remarquez que la sortie "flotteur vidéo" ne sert pas à filmer que du VR : les tandems, les PAC, du freefly, bref, n'importe quoi!
En pratique, pour la compétition, le vidéoman fait partie de l'équipe ; s'il est vrai qu'il ne peut pas directement contribuer à l'obtention de points, il faut remarquer que :

Le matériel du vidéo est plus fourni que celui des ses équipiers : en plus d'une caméra et des accessoires qui vont avec, il lui faudra un casque, et probablement une combinaison dotée d'ailes additionnelles ainsi qu'un altimètre sonore.

L'altimètre sonore est particulièrement utile dans la mesure où il n'est pas possible de tourner la tête pour regarder son propre altimètre (à moins d'interrompre la prise de vue ; j'imagine les cris!), et il n'est pas toujours pratique d'amener les mains à hauteur des yeux.

La combinaison vidéo (comprenez "avec ailes additionnelles") permet au vidéo de disposer d'un taux de chute très variable, et de le faire varier rapidement. Ceci présente deux avantages :

Ajoutons à cet équipement les bidules plus ou moins utiles : caisse de rangement, grand-angle, batteries et chargeurs supplémentaires, appareil photo et trucs associés (pellicule, câble déclencheur, objectif, ...), télé pour débriefer tranquillement, magnétoscope pour dupliquer sur K7 VHS, etc.

Figures, blocs, "inter"

Les figures possibles sont répertoriées et portent un nom. Naturellement, les pratiquants isolés sont libres d'en inventer (surtout pour des sauts dont les participants ne sont pas 4, 8 ou 16), voire de mélanger chute à plat et figures 3D.

Les figures à 4 ou plus sont souvent construites à partir de positions élémentaires ; quelques-unes apparaissent ci-dessous (pour ceux qui n'en ont pas l'habitude, précisons que ces schémas représentent des paras en chute à plat ventre, vus de dessus):
 
Cathère
Etoile (ici, à 2)
Accordéon
Valise
Bien sur, il y en a d'autres. Ces prises élémentaires peuvent être combinées entre elles ou simplement répétées pour former des figures à 4, 8 ou plus. Voici quelques exemples de figures à 4 :
 
Etoile à 4 ; cette figure peut être construite à beaucoup plus (il y a un record à plus de 100 je crois).
Deux paras en étoile, chacun pris en valise par les deux derniers ; pas de nom à vous donner pour cette figure.
Boîte.
Vis.
Une figure, c'est n paras qui se tiennent de façon stable par les prises prévues. Entre deux figures, il y a ce qu'on appelle "l'inter". L'inter est la transition entre deux figures consécutives d'un cycle, ou entre la dernière d'une cycle et la première du cycle suivant. Pour effectuer correctement (i.e. dans les règles) la transition, il faut respecter quelques règles. Par exemple, lâcher complètement et nettement les prises précédentes (même si on les reprend à l'identique pour la figure d'après). Si quelque chose n'est pas correctement fait pendant un inter, c'est la figure suivante qui ne sera (éventuellement) pas comptée ; il peut y avoir en plus un point de pénalité.

Parfois, l'inter comporte une contrainte supplémentaire : par exemple, chaque para doit faire un tour complet sur lui-même avant de construire la figure suivante. Naturellement, et les débutants s'en convaincront facilement en essayant, effectuer un 360° sur place, rapidement, et sans modifier son taux de chute, n'est pas facile. Lorsque l'inter comporte un "imposé", on dit qu'il s'agit d'un "bloc".

Les blocs méritent parfois leur nom, et impliquent alors des mouvements durant lesquels les paras restent accrochés à un ou plusieurs équipiers. En d'autres termes, la figure de départ lâchée, les paras restent accrochés de telle sorte qu'ils forment plusieurs mini-figures (deux par deux, un et trois, quatre par quatre, etc. en fonction de leur nombre et de la difficulté du saut), qu'ils devront faire évoluer comme prévu avant de construire la figure complète suivante (qui sera peut-être la même qu'au départ).
 
Exemple (chronologie de haut en bas, ou l'inverse, c'est pareil) : partant de la figure dont j'ai oublié le nom, jaune et rouge se lâchent, mais bleu-jaune et rouge-vert continuent de se tenir : ils forment donc 2 blocs (en l'occurrence, je me rappelle du nom de ces blocs : ce sont des valises). 

L'inter prévoit que chaque bloc devra effectuer un tour complet avant de reformer la figure de départ. 

Bien entendu, les paras ont tout intérêt à faire le tour sur place. Toutefois, je ne pense pas que le règlement leur interdise de laisser les blocs s'éloigner pendant la rotation ; il leur faudra simplement rattraper la distance. Si ça fait perdre du temps, ça permet également d'éviter des coups de godasse dans le nez. L'histoire ne dit pas comment faire tourner un bloc ; notamment, rien n'indique si vert ne fait rien pendant que rouge tend les jambes, ou si les 2 bossent pour contrôler le mouvement. 

Si tout est effectué correctement, cette transition et la figure suivante compteront pour un point.

Les blocs sont réputés plus difficiles à réaliser que les "libres".
Je confirme : pas évident du tout de conserver un taux de chute constant et de bloquer les rotations au bon moment!

La compétition de séquence

J'aborde la saison 98 en qualité de vidéo d'une équipe de VR4 qui s'engage dans le championnat de France N2. Ce sera bien le diable si je n'en sais pas assez long à la fin de l'année sur les règles "compète" pour remplir un chapitre sur le sujet!

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